ronfler


ronfler

ronfler [ rɔ̃fle ] v. intr. <conjug. : 1>
• fin XIIe; « souffler bruyamment » 1150; de l'a. fr. ronchier (du bas lat. roncare), d'apr. souffler
1Faire, en respirant pendant le sommeil, un bruit particulier du nez. Tu as encore ronflé cette nuit. « Les Prussiens s'étendirent sur le pavé [...] ils ronflèrent bientôt tous les six sur six tons divers, aigus ou sonores, mais continus et formidables » (Maupassant).
Fam. Dormir profondément.
2(1571) Produire un bruit continu, plus ou moins semblable au ronflement d'un dormeur. ronronner, vrombir. Le moteur commence à ronfler.

ronfler verbe intransitif (radical expressif ron-, avec l'influence de souffler) Produire pendant le sommeil, en respirant, un bruit sonore venant de la gorge et des narines : Ronfler comme un sonneur. Produire un bruit sourd, régulier : Faire ronfler son moteur avant de démarrer.

ronfler
v. intr.
d1./d Faire un bruit particulier de la gorge et du nez en respirant pendant le sommeil.
d2./d Faire un bruit sourd et continu. Feu qui ronfle.

⇒RONFLER, verbe intrans.
A. — 1. [Le suj. désigne une pers.] Émettre, pendant le sommeil, un bruit sonore, variable selon les individus, et qui provient du nez et de la gorge et survient à l'inspiration et parfois à l'expiration. Un bruit singulier les dérangea, quelqu'un ronflait dans la chambre (...) ils aperçurent Bordenave (...) Nana le trouva si drôle, le bouche ouverte, le nez remuant à chaque ronflement, qu'elle fut secouée d'un fou rire (ZOLA, Nana, 1880, p. 1189):
CÉSAR: Oui, je t'ai appelé, mais vouatt! Tu as continué à dormir... On t'entendait ronfler d'ici... MARIUS: Ça c'est pas possible. CÉSAR: Pourquoi? MARIUS, très gêné: Parce que... Je ne ronfle jamais. CÉSAR: Tu as ronflé si fort que tous les clients en rigolaient...
PAGNOL, Marius, 1931, IV, 5, pp. 224-225.
P. méton., pop. Dormir lourdement, profondément. Les soldats ivres ronflaient la bouche ouverte à côté des cadavres; et ceux qui ne dormaient pas baissaient leur tête, éblouis par le jour (FLAUB., Salammbô, t. 1, 1863, p. 21). Et même elle s'est endormie (...) On a encore attendu toute la matinée (...) Elle ronflait profondément (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 654).
Expr. fig.
Faire ronfler les R. Prononcer les R avec insistance. Il était devenu un beau maréchal des logis de hussards; faisant ronfler les R (SAND, Hist. vie, t. 3, 1855, p. 264).
Faire ronfler les vers. Les déclamer d'une voix sonore, avec emphase. (Dict. XIXe et XXe s.).
P. anal. Nous battons du tambour, nous faisons ronfler nos phrases et traîner nos manteaux (FLAUB., Tentation, 1849, p. 385).
2. En partic. [Le suj. désigne un cheval] Faire entendre un bruit analogue au ronflement d'un dormeur et provenant des narines, sous l'effet de la peur, de l'irritation, etc. Synon. broncher. Les chevaux percés d'outre en outre, effrayés et rendus furieux par la douleur, hennissent, ronflent, se cabrent (CHATEAUBR., Ét. ou Disc. hist., t. 4, 1831, p. 148). La jument du père Fernandot humant le picotin et l'écurie, s'ébrouant, hennissant, ronflant des naseaux (ARNOUX, Zulma, 1960, p. 86).
B. — P. anal. [Le suj. désigne une chose] Produire un bruit sourd et régulier. Synon. ronronner, vrombir. Feu, mer, tonnerre, vent qui ronfle; cheminée, poêle qui ronfle; cithare, orgue qui ronfle; avion, moteur, voiture, usine qui ronfle. J'entendais ronfler ces boulets et siffler les balles (ERCKM.-CHATR., Conscrit 1813, 1864, p. 42). Le chauffeur, vêtu de l'uniforme de l'armée, fait ronfler sans cesse son klaxon (MALRAUX, Conquér., 1928, p. 57).
Expr. pop. [Pour souligner que qqc. marche bien] Ça ronfle! Synon. de ça gaze fam.; gazer2. Votre santé s'est reposée, voyez-vous. Maintenant, ça va ronfler (ZOLA, Page amour, 1878, p. 955). Des merveilles, les machines, avec ça! Ce que ça a dû coûter gros! Il est vrai qu'avec les nouvelles commandes du ministère, ça ronfle (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 259).
REM. 1. Ronflerie, subst. fém., synon. fam. de ronflement (v. ce mot A). Par malheur, avant que j'eusse sombré assez profondément pour pouvoir défier sa ronflerie, elle jaillit du silence (ARNOUX, Zulma, 1960, p. 202). 2. Ronflette, subst. fém., fam. Sommeil généralement de courte durée. Synon. fam. roupillon. Faire, piquer, etc. une ronflette. Son nez piqua vers son gilet. « Ça non, pas de ronflette, ce n'est pas le moment », protesta le bedeau (H. BAZIN, Bur. mariages, 1951, p. 229). Je l'attendais [le médecin] en poussant une ronflette d'une petite heure (SIMONIN, Touchez pas au grisbi, 1953, p. 55).
Prononc. et Orth.:[], (il) ronfle []. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1160 « souffler bruyamment en respirant; râler » (Eneas, 2071 ds T.-L.); 2. a) ca 1179 « id., pendant le sommeil » (Renart, éd. M. Roques, 2551: Souflant et ronflant durement, Adont vit que il se vont dorment); fin XIIe s. (BÉROUL, Tristan, éd. E. Muret, 761: Tristran faisoit senblant comme se il dormoit; Quar il ronfloit forment du nes); b) 1809 lang. poissard « dormir lourdement » (d'apr. ESN.); 3. « (d'une chose) faire un bruit prolongé » a) 1529 part. prés. adj. « sonore » (G. TORY, Champfleury, reprod. Mouton, 1970, fol. 55 r °: R est pronuncee de la langue faisant strideur et son ronflant); b) fin XVIe s. faire ronfler son artillerie ([V. CARLOIX], Mém. de F. de Scépeaux, IV, 14, Paris, Guérin et Delatour, t. 2, 1757, p. 237); 1708 entendre ronfler les violons (REGNARD, Légataire universel, II, 4 ds Théâtre, éd. L. Moland, Paris, 1876, p. 358); c) 1659 faire ronfler les vers « les déclamer avec emphase » (MOLIÈRE, Précieuses ridicules, X); 4. fin XVIe s. fig. faire ronfler (quelque chose) « mettre en valeur » ([V. CARLOIX], op. cit., III, 25, t. 2, p. 103: Presidens et... conseillers... qui faisoient ronfler leur contrat et ordonnances bien hautement de ceste qualité); 1798 promesses ronflantes (Ac.). Mot expr., dér. du rad. onomat. ronfl- exprimant le bruit du souffle sortant des voies respiratoires. Ce rad. (dont les représentants sont aussi att. dans les dom. ital. et ibér.-rom.) est un élargissement expr. du rad. ron-, v. aussi rogner « grogner, murmurer » (cf. le verbe b. lat. roncare « ronfler » [d'où l'a. fr. ronchier « ronfler » XIIIe s. ds T.-L.] FEW t. 10, p. 466a, cf. ERN.-MEILLET; v. aussi ronchonner). L'orig. onomat. de ronfler explique les qq. var.: type sans nasale: rouffler « ronfler » (1342 Renart le Contrefait, 31759 ds T.-L.); type sans -l-: ronfer « souffler, gronder de colère » (1er quart XIVe s. Chans. ds BARTSCH, I, 42, 27), runfer « râler (d'un oiseau malade) » (XIVe s. Moamin et Ghatrif, II, 65, 1 ds T.-L.), ce type étant spéc. relevé dans le dom. fr.-prov. (FEW t. 10, p. 471b); type sans nasale ni -l-: rouffer « gronder » (dial. du Centre, FEW t. 10, p. 472a). Fréq. abs. littér.:588. Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 233, b) 1 126; XXe s.: a) 1 328, b) 914. Bbg. NIGRA (C.). Note etimologiche e lexicali. Z. rom. Philol. 1904, t. 28, p. 644. — QUEM. DDL t. 27.

ronfler [ʀɔ̃fle] v. intr.
ÉTYM. XIIIe; « souffler bruyamment en expirant », 1150; de l'anc. franç. ronchier (du bas lat. roncare), d'après souffler.
1 (XIIIe). Faire, en respirant pendant le sommeil, un bruit particulier du nez. || Dormeur qui ronfle comme une toupie, comme un tuyau d'orgue.
1 (…) le cocher, complètement ivre, dormait, tout en tenant les guides (…) Le valet, assis derrière, ronflait comme une toupie d'Allemagne (…)
Balzac, Splendeurs et Misères des courtisanes, Pl., t. V, p. 715.
2 Les Prussiens s'étendirent sur le pavé, les pieds au feu, la tête supportée par leurs manteaux roulés, et ils ronflèrent bientôt tous les six sur six tons divers, aigus ou sonores, mais continus et formidables.
Maupassant, Toine, « Les prisonniers ».
(XVIIe). Fam. Dormir profondément (→ Bientôt, cit. 8; gras, cit. 44).
2 (1571). Produire un bruit continu, plus ou moins semblable au ronflement d'un dormeur, en parlant d'un avion (cit. 6), d'un moteur (cit. 6), de la mer, d'une usine, d'une moto, d'une cheminée, d'un poêle, d'un instrument de musique… (→ Bourdonnement, cit. 8; fabrique, cit. 4; garage, cit. 5; récit, cit. 4). Ronronner, vrombir.
3 Alors, le golfe creux ronflera tout entier comme un coquillage.
Colette, Naissance du jour, p. 25.
4 Le vent, d'un coup, ronfle plus fort que le feu et le soleil se lève.
J. Giono, Regain, I, II.
3 (1659, Molière). Fam. || Faire ronfler les vers, les déclamer d'une manière sonore, emphatique, ronflante (cf. Molière, les Précieuses ridicules, 9).
4 Fam. Aller bien; marcher (comme un moteur qui ronfle). Rouler, tourner (rond).
5 Pourquoi on l'appelle la Ronflette ? — Parce que les affaires, ça ronfle avec lui.
Roger Borniche, le Ricain, p. 303.
DÉR. Ronflant, ronflement, ronflette, ronfleur, ronfloter ou ronflotter.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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